Introduction à l'hypnose clinique




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Cas clinique : comment avoir un enfant ?

Eva a 35 ans. Elle est mariée et a un petit garçon. L'objet de sa consultation : " Je ne parviens pas à être à nouveau enceinte alors que je veux un deuxième enfant. J'ai fait tous les examens nécessaires ; les médecins me disent que tout est normal. Je me demande si cela ne vient pas de la culpabilité que je ressens depuis que j'ai subi un avortement il y a deux ans ".

Eva a fait 4 séances d'hypnose avec moi. Ce matin, elle m'a téléphoné pour m'annoncer que son test de grossesse était enfin positif.

Lorsque, dans une discussion sur les thérapies par hypnose, le thème de la stérilité est abordé, c'est souvent l'incrédulité qui marque le début des échanges. " Mais enfin, comment est-ce possible ? Comment faites-vous ? Si cela marchait, les médecins le sauraient !... ".

Tout d'abord, une précision : toutes les patientes qui me consultent pour un problème de stérilité sans cause organique ne me téléphonent pas au bout de 4 séances pour m'annoncer qu'elles sont enceintes. Cela démontre bien qu'il ne faut pas généraliser, que l'on ne peut trouver à toutes les stérilités une cause identique, que le temps du changement n'est pas le même pour tous. Dans le cas d'Eva, j'ai utilisé une stratégie en trois temps.

D'abord, dissoudre les tensions. Celles-ci se lisaient sur le corps de cette jeune femme. Elles rigidifiaient ses épaules, sa nuque, et son bassin. Dans plusieurs approches thérapeutiques, on émet l'hypothèse qu'une stérilité féminine peut provenir de l'impossibilité pour les spermatozoïdes de remonter le chemin qu'ils ont à accomplir à cause d'une tension des tissus partout à l'intérieur du bassin. La dissolution de ces tensions rouvrirait en quelque sorte la voie ; elle permettrait aux spermatozoïdes de se mouvoir librement dans la direction que la nature a choisie pour eux.

Deuxième temps : vérifier l'hypothèse de la culpabilité. En état d'hypnose, nous utilisons une technique de communication avec l'inconscient qui nous permet d'avoir accès à des informations refoulées. Le questionnement, mais aussi en l'occurrence la reviviscence et l'intégration de l'avortement, nous ont été utiles.

Troisième temps : faire appel à l'imaginaire pour faire remonter sous une forme symbolique un matériau qu'il serait impossible de faire remonter sous sa forme "réelle". Cette étape fut très riche avec Eva. Elle permit notamment de souligner un sens du devoir qui étouffait le sens du plaisir. Elle révéla également les véritables sentiments éprouvés par cette jeune femme à l'égard de son compagnon et mit en lumière les raisons qui la poussaient à demeurer avec lui.

Sur cette stratégie en trois temps, une idée transversale a plané tout au long de la thérapie : celle des crampes mentales. Ces crampes, nous les retrouvons à l'origine de maintes limites psychiques exprimées par les patients et, pour bien vous faire comprendre le travail que nous effectuons en hypnose par rapport à ces crampes, laissez-moi vous rappeler le dicton "Qui veut dormir reste éveillé". Vous êtes là, à vous retourner dans votre lit en ne pensant qu'à une chose : dormir. C'est votre unique objectif, vous ne voulez que cela, vous ne voulez penser qu'à cela... Et, bien entendu, plus vous voulez dormir, et moins vous y parvenez. Pourquoi ? Parce que la volonté est quelque chose d'aigu, de pointu, de crispé, de tendu. C'est exactement ce qui se passe lorsque vous essayez de résoudre un problème de mathématiques : toute votre pensée est fermée sur ce problème. Votre univers se réduit à ce problème. Vous n'entendez pas le petit qui pleure, vous ne sentez pas l'odeur de brûlé du lait qui déborde... Votre univers s'est considérablement rétréci. Vous souffrez d'une crampe mentale qui limite vos potentialités, vos capacités de créativité, votre imagination.

Maintenant, imaginez que vous vous installez dans votre fauteuil préféré et que vous fermez les yeux. Aussitôt, tous vos sens vous renvoient ce qu'ils recueillent. Vous entendez le chant des oiseaux à l'extérieur et la voix des voisins à travers le mur de l'appartement. Vous sentez le parfum du lilas qui monte du jardin. Vous êtes capable d'imaginer le goût d'un carré de chocolat qui fond dans votre bouche et cela vous donne envie de vous préparer un chocolat chaud. Bref, vous êtes ouvert, grand ouvert. Les idées vont, viennent, se rencontrent, se mélangent, donnent le jour à d'autres idées. Cela favorise votre créativité, votre imagination, votre capacité de vous projeter dans un futur proche ou lointain ainsi que dans des situations nouvelles.

Eva était esclave d'une crampe mentale ayant pour thème le fait d'être enceinte. Plus elle faisait intervenir sa volonté, moins elle atteignait son objectif. Il a fallu intervenir pour "distraire" le regard de son âme, lui donner à voir autre chose, nourrir ses sens avec d'autres nourritures. Il y a déjà bien longtemps, un monsieur nommé Emile COUÉ nous rappelait qu'entre la volonté et l'imagination, c'est toujours l'imagination qui gagne.