Introduction à l'hypnose clinique












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Merci à l'auteur de cette illustration, qui reste pour moi un inconnu
et auquel je me suis permis d'emprunter cette oeuvre.


L'Hypnoanalyse



Avant d'être une technique, une méthode, ou une thérapie, l'hypnoanalyse est avant tout un processus. Quelque chose de dynamique. C'est le pont qui relie l'hypnose et la psychanalyse, mère et fille unies au sein d'un même mouvement à visée thérapeutique.

Qu'est-ce qui fait entreprendre une hypnoanalyse ? Une souffrance telle que nous nous tournons vers le praticien capable selon nous de nous venir en aide ; ou bien un profond désir d’évolution né de l’intuition que quelque chose n’est pas fini, peut être dépassé, et que de nouvelles étapes nous attendent. Souffrance ou désir d’évolution, il faut que ce mouvement soit plus fort que ce qui s’y oppose, qu’on l’appelle pulsion de mort ou autrement.

Pourquoi vivre une hypnoanalyse ? Pour ne plus être comme un disque rayé. Pour voir revenir s’installer - ou seulement naître parfois !- la confiance en soi, le respect de soi, l’envie d’avancer dans la vie, le plaisir de se relier aux autres, de travailler et d’aimer. L'hypnoanalyse, c’est ce lent travail sur soi qui permet de se dévoiler, de s'alléger et se défaire des illusions, de souffler sur les peurs, de s’ancrer dans le présent et d'assumer pleinement sa singularité.



QU’EST-CE QUE L’HYPNOANALYSE ?

L’hypnoanalyse est un voyage à l’intérieur de soi. C’est une découverte de soi, une révélation, un chemin jalonné d’étapes qui invite le patient à vivre toute l’intensité de chaque étape plutôt que de se concentrer sur la destination. Les couches de l’oignon qu’on enlève une à une sont une assez bonne image des couches inutiles dont on se défait pendant ce travail.

L’hypnoanalyse est une descente en soi, un chemin à l’envers qui nous permet de remonter le fil de notre histoire et de revivre les moments qui ont freiné notre développement, les étapes où la peur fut si grande qu’il nous fallut pour survivre nous habiller d’une armure, ou figer notre corps, ou détourner le regard et devenir seulement la moitié de nous, inventer mille ruses pour seulement ne pas mourir. Alors seulement, le chemin peut être refait vers maintenant, les jambes plus confiantes, le pas plus sûr, la tête plus haute, le corps allégé et souple, la vision éclaircie.

L’hypnoanalyse est aussi une invention de soi. Lorsqu’une personne emmurée dans une profonde dépression énonce l’objectif de sa thérapie comme étant le désir de “redevenir comme elle était avant”, il faut lui dire combien cela est absurde. C’est justement à cause de ce qu’elle était auparavant qu’elle est probablement entrée en dépression et il serait aberrant de vouloir revenir à cet avant-là. Tout au long de son hypnoanalyse, il lui faudra peu à peu inventer un autre soi, renforcer son Moi, inventer une nouvelle vie, permettre l’émergence de nouveaux désirs. C’est une merveilleuse expérience que celle de cette naissance à soi. C’est elle qui nous permet de découvrir les stases d’énergie bloquée depuis si longtemps pour entretenir les mécanismes de défense et de libérer cette énergie qui devient alors disponible pour être orientée différemment.

L’hypnoanalyse est également une recherche de sens. Pouvoir donner un sens au symptôme ou au comportement, un sens à la maladie, c’est arracher des masques, éclairer des recoins sombres, atteindre des couches inattendues de nous. Donner un sens, donner des sens différents, c’est aussi procéder séance après séance à ce lent travail d’érosion, de ponçage, d’usure, de rabotage qui fait que le matériau d’origine perd peu à peu de son épaisseur jusqu’à nous livrer sa trame dans sa plus désarmante insignifiance.

L’hypnoanalyse est enfin une école de la liberté en même temps que de la responsabilité. Liberté d’être soi-même, de faire nos propres choix au lieu de nous conformer à des règles ou des normes qui ne nous conviennent pas. Liberté de rendre à autrui ce qui ne nous appartient pas et dont nous avons découvert que cela nous limite au lieu de nous épanouir. Et, dans le même temps, la responsabilité des choix que nous ferons désormais, le désir puissant de devenir capitaine et non plus matelot, en acceptant nos failles et nos faiblesses, en cessant de croire que les seuls coupables seraient les parents et la société.

Finalement, en rendant conscient l’inconscient, l’hypnoanalyse nous réunifie et nous réconcilie avec notre part d’ombre. En nous invitant à interpréter nos rêves, nos fantasmes, elle nous permet de résoudre les conflits qui nous divisaient, de nous réapproprier les instants refoulés de notre histoire, d’intégrer enfin à notre réalité des facettes disparues de nous-même.

UNE HYPNOANALYSE, POUR QUOI FAIRE ?

Nous avons tous envie d’une vie meilleure. Nous avons tous envie de nous libérer de nos peurs et de nos culpabilités, de nous alléger des chaînes de notre passé, de savourer pleinement le présent. Nous pressentons souvent une autre dimension de nous, proche et inaccessible à la fois. Qui plus est, notre vie est jalonnée de moments de transition qui bousculent parfois profondément notre faculté d'adaptation. Puberté et adolescence, vie lycéenne et universitaire, mariage, séparation, décès de personnes proches, changement d'orientation professionnelle, retraite... Dans ces moments parfois difficiles, il nous arrive d'avoir besoin d'une aide extérieure. Pour faire le point, souffler, réfléchir calmement, reprendre des forces, comprendre tout ce qui bouge à l'intérieur de nous. Une aide aussi pour faire des choix importants, prendre des décisions parfois lourdes de conséquences, tourner une page de notre vie pour en écrire une nouvelle.

On comprend alors que tout adulte ou tout adolescent confronté à une limite, une souffrance, ou un désir d’évolution puisse entreprendre avec un grand bénéfice une hypnoanalyse. Elle l’éclairera sur ses processus psychiques, la façon dont il génère lui-même ses limites et ses obstacles, lui fera prendre conscience de ses mécanismes de défense, ses modes réactionnels, ses schémas de pensée. Elle lui permettra de vivre en plus belle harmonie avec son histoire, en paix avec son passé, en plus grande confiance avec ses lendemains.

Mais plus précisément encore, qu’est-ce qui fait qu’un individu choisit un jour d’entreprendre une hypnoanalyse ? Pour répondre à cette question, il est nécessaire, si vous le voulez bien, de partir de ce que l’on appelle en psychanalyse la structure. Nul ne peut aujourd’hui faire l’économie d’une fidélité aux structures mises en évidence par FREUD. Il ne s’agit évidemment pas de coller une étiquette au patient mais de nous appuyer sur la connaissance de ces structures - hystérie, phobie, obsession - car elles continuent à nous parler avec une telle évidence ! Même si les mots des patients ont changé, même si les symptômes subissent nécessairement des évolutions liées à l’évolution des cultures et de la société, les structures sont toujours là. Voyons-en quelques exemples :

- Dans ce tableau clinique que l’on appelle la spasmophilie, c’est bien le corps qui parle ! Dans ce fameux syndrome fourre-tout baptisé fibromyalgie, c’est encore et toujours le corps qui parle ! Le langage de l’inconscient ne passe plus par les manifestations spectaculaires d’il y a un siècle ; celles-ci se sont policées, adaptées pour tout dire, mais l’hystérique est toujours parmi nous, avec son cortège protéiforme de maladies psychosomatiques.
- Le phobique aussi se reconnaîtra, qui panique à la vue d’un objet ou à l’idée de prendre un avion ou un ascenseur ; la personne qui, alors qu’elle a fait pendant des années des milliers de kilomètres sur autoroute, est soudain prise d’une incoercible angoisse qui lui fait perdre tous ses moyens, la contraint à rester sur la file de droite ou à s’arrêter sur la bande d’urgence, le coeur battant, le corps en sueur.
- Et encore l’obsessionnel, obligé de se prêter cent fois à d’épuisants rituels : vérifier la serrure de la porte ou le robinet du gaz, se laver les mains, compter le nombre de pas qu’il fait, ne surtout pas marcher sur telle matière, etc.

L’hypnoanalyse traverse ainsi le temps. Traditionnelle et novatrice à la fois, elle puise dans son histoire si riche les outils et la méthode pour apaiser les souffrances et faire progresser l’individu vers plus de liberté et plus de vie.

QUELLE EST LA DURÉE D'UNE HYPNOANALYSE ?

Là où il a fallu du temps pour structurer une névrose, installer un symptôme ou un comportement limitant dans notre économie, il faut du temps pour défaire les choses, et reconstruire ensuite différemment. Sur le spectre de l’hypnose clinique, l’hypnoanalyse se situe à l’opposé de l’hypnose symptomatique et comportementale, passive, magique pour tout dire. Cela ne signifie pas que cette dernière doive être dénigrée ; elle a ses patients obligés et ses merveilleux résultats. Elle fait par exemple merveille dans le traitement (symptomatique) de la douleur. Simplement, l’hypnoanalyse est une autre construction ; elle a ses concepts, ses méthodes. Elle a surtout une caractéristique majeure, qui est de considérer chaque patient comme un être unique, toujours différent. Elle prend aussi soin de limiter les risques de retour du symptôme, ou son déplacement, ou encore sa substitution par un autre symptôme qui serait indispensable à son économie. Même si les premiers effets bénéfiques d’une hypnoanalyse peuvent être ressentis assez rapidement, c’est donc le temps qui permet d’accéder aux couches les plus profondes et les plus intimes de la psyché. Dans cette plongée à l’intérieur de soi où les intégrations se font pas à pas, il faut accepter que le temps nous gouverne.

QUI EST L’HYPNOANALYSTE ?

C’est d’abord, impérativement, un praticien qui a vécu sa propre psychanalyse ou hypnoanalyse. En effet, autant l’on peut pratiquer l’hypnose symptomatique avec efficacité sans avoir fait ce parcours, autant celui-ci est indispensable en hypnoanalyse. Comment pourrions-nous prétendre accompagner un patient dans des gouffres si nous n’avions pas auparavant nous-même visité ces gouffres ? Comment pourrions-nous, sans cette expérience essentielle, comprendre les peurs ou les silences de l’autre ? Comment aider le patient à mettre en lumière ses mécanismes de défense si nous continuons quotidiennement à nous prendre les pieds dans les nôtres ? L’hypnoanalyste doit donc avoir fait ce chemin, cela n’est pas discutable. Et il doit continuer à le faire tout au long de sa pratique (cela s’appelle la supervision) car il en a besoin afin de comprendre certains blocages et gérer les situations engendrées par exemple par le mécanisme du transfert.

C’est grâce à ce travail que l’hypnoanalyste peut devenir le miroir du patient. Grâce à l’espace de temps, et de silence aussi, qu’il sait offrir au patient. Sans ce miroir parfaitement réfléchissant, comment se projeter ? Comment refaire le chemin à l’envers avant de pouvoir revenir différent ? Comment débusquer les illusions si le miroir devant nous comporte des aberrations ? Dans l’écrin du cabinet de l’hypnoanalyste, le patient s’appuie sur l’analyste d’une façon qui évolue au fil du travail. Parfois béquille, le thérapeute peut devenir objet d’amour ou de haine, de peur ou de sécurité, bonne ou mauvaise mère, père sévère ou aimant. Et il faut de la rigueur, et de la souplesse aussi, pour demeurer dans cette position neutre et bienveillante, dans cette attention flottante où peut alors se manifester la porosité des inconscients.

COMMENT SE DÉROULE UNE HYPNOANALYSE ?

Une hypnoanalyse exige au minimum une séance hebdomadaire, deux voire plus si le patient le peut. Généralement, les séances durent 40 minutes. Le cadre est exposé dès la première séance par le thérapeute ; il est rigoureux et cette rigueur peut aisément être expliquée par le praticien. Si le cadre est accepté par le futur patient, toutes les modalités sont abordées dans le détail et un contrat thérapeutique moral est signé par les deux parties. Il inclut la durée et le nombre des séances, le montant de la séance, la forme du règlement, les interdits (par exemple les passages à l’acte, sur le praticien ou sur lui-même), les devoirs de part et d’autre. Par exemple, une règle communément admise est qu’une séance non honorée et non annulée est une séance due. Un temps de réflexion avant décision peut être décidé de part et d’autre ; de la même façon qu’un patient choisit son thérapeute, le thérapeute en effet peut se réserver le droit de choisir ses patients.

Le contenu technique d’une hypnoanalyse est relativement différent selon les praticiens, de même que les diverses étapes de la thérapie. Ils ne sauraient être exposés ici. Seul le fil rouge peut se résumer ainsi : il s’agit d’accompagner le patient sur un chemin qui va de la proximité à la distance, de la dépendance à l’autonomie.

Le premier outil de l’hypnoanalyse est la modification de l’état de conscience du patient. Modérons nos propos : il ne s’agit pas de provoquer une transe profonde, mais simplement de permettre à l’analysant de décrocher de l’état de veille réflexive afin d’assouplir certains mécanismes et d’abaisser le degré des résistances. Ce décrochage n’est d’ailleurs pas si éloigné de celui de la psychanalyse où la position allongée et la possibilité de fermer les yeux induisent aussi un état de conscience flottant, propice à la survenue du deuxième outil et à son utilisation : je veux parler de la libre association.

La libre association est cette règle fondamentale de toutes les approches analytiques qui invite le patient à dire tout ce qui lui passe par la tête, sans réflexion préalable, sans passage au crible de l’auto-critique. Le patient doit exprimer toutes ses pensées sans considérations d’aucune sorte, qu’elles soient morales ou religieuses, qu’elles lui paraissent honteuses ou sans intérêt. Faire ainsi abstraction du raisonnement et des normes sans crainte d’être jugé par l’analyste ajoute une dimension thérapeutique spécifique aux approches analytiques et qui n’aurait aucun sens ni aucune valeur dans le cadre d’une autre approche. Cela ne signifie pas que le raisonnement n’a pas sa place en hypnoanalyse ; seulement, cette place vient en son temps et seulement en son temps, lorsque le fonctionnement de la psyché peut être mis en lumière, et il ne peut l’être que grâce aux fruits de la libre association, parce que le patient jouit sur le divan de la pleine liberté d’être totalement ce qu’il est.

La libre association est la seule méthode permettant de rendre conscient l’inconscient, de permettre à celui-ci d’émerger des ténèbres de nos profondeurs et de prendre la parole. C’est cette émergence qui permet de résoudre nos conflits entre la partie consciente de nous-même et notre part d’ombre, et ce travail ne peut bien évidemment se faire tout seul. Il faut la présence de l’analyste ; il faut ses silences, ses coupures, ses relances, parfois ses interprétations. L’analyste sait entendre les moments où le préconscient se manifeste et endosse l’habit du passeur entre conscient et inconscient. Le préconscient qui, à son rythme, envoie ses hameçons dans l’inconscient et rapporte ce qu’il peut rapporter, ce que l’inconscient est prêt à livrer dans cet état de flottement et de disponibilité. Et chaque séance est un nouveau voyage.

COMMENT SE TERMINE UNE HYPNOANALYSE ?

Il y a mille façons de terminer une hypnoanalyse, autant de façons qu’il y a de patients, ce qui souligne encore, s’il le fallait, combien cette aventure intérieure est individuelle, unique. Il y a des hypnoanalyses qui ne commencent pas, lorsque par exemple, après l’entretien de départ, le patient ne vient pas à son premier rendez-vous. Sans explications, sans même prévenir. Que s’est-il passé ? Est-ce la peur de ce voyage dans nos profondeurs ? Est-ce la honte d’avoir à dire que l’on ne souhaite pas effectuer ce travail ? Ou qu’on ne s’en sent pas capable ?... Il y a les hypnoanalyses qui ne vont pas au-delà de la première séance, celles qui s’arrêtent lors de la rencontre avec la première résistance et qui voient - parfois - revenir le patient des mois ou des années plus tard. Quelquefois, c’est l’analyste qui met fin à l’analyse parce qu’il estime ne plus pouvoir aider le patient à progresser. Une analyse à peine commencée ou pas finie laissera souvent une tâche de honte ou de peur chez le patient, ce qui affaiblira son moi et renforcera ses mécanismes de défense. Une analyse trop tôt terminée ouvrira une longue période de deuil due à la séparation mal vécue d’avec l’analyste. La plupart du temps, une hypnoanalyse prend fin lorsque le patient et l’analyste ont convenu ensemble que le travail avait bien avancé et qu’il devenait possible d’envisager une date pour une séparation sereine.