Introduction à l'hypnose clinique


























































































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L'hypnose active, ou hypnose cathartique

" Retourner aux sources primitives n'est pas une déchéance mais une formidable extension "

Carl JUNG

 

Nous voici maintenant parvenus au moment où nous allons changer de monde. Tout au long des récits qui suivent, nous allons franchir ensemble des frontières que l'on croyait infranchissables. Nous allons gambader au-delà du possible. Toutefois, mon but ne serait pas atteint si, parvenus à la dernière page, vous continuiez de considérer l'hypnose cathartique sous un angle exclusivement spectaculaire. Si elle offre en effet de fantastiques possibilités de guérison, elle constitue aussi, je l'ai souligné, une voie de développement personnel très riche. Elle peut bouleverser le quotidien de gens comme vous et moi qui, à un moment de leur vie, éprouvent le besoin de faire une pause et s'interrogent sur leur place dans la société, leur spiritualité, leurs valeurs. Je vous demande en conséquence de voir cette catégorie d'approches hypnotiques, non comme des outils magiques, mais comme les chemins traversant des contrées dont l'exploration serait à peine entamée et se révèle déjà riche de promesses.

Les récits qui vont suivre ont été choisis afin de démontrer l'étendue du champ d'applications de la thérapie par hypnose active : affections chroniques, douleurs et souffrances sans cause décelée, troubles psychiques et comportementaux... Le lecteur trouvera aussi des exemples des trois grandes catégories de thérapies, même si leur ordre de présentation ne respecte pas ce découpage.
- Nous découvrirons ainsi des cas dans lesquels le passé du patient recèle une cause directement responsable du problème vécu. Ce sont les cas les plus simples, qui mettent en lumière des phénomènes de cause à effet au premier degré.
- Nous trouverons en second lieu des cas dans lesquels l'intervention des symboles joue un rôle fondamental. Le patient ne fait pas le récit d'un passé réel ; il donne de ce dernier une version symbolique. Dans ce cas, le sujet peut - ou non -, à l'issue de chaque séance, "traduire" le symbolique en réel.
- Enfin - troisième catégorie -, les croyances du sujet peuvent conduire celui-ci à considérer son récit comme celui d'une vie antérieure.

Encore une précision d'importance. J'ai souhaité que les récits qui suivent ne vous fassent pas considérer les régressions sous un angle exclusivement spectaculaire. Je veux également prévenir une éventuelle déception ou une incompréhension concernant l'état hypnotique. Il me paraît donc souhaitable de rappeler certaines idées fondamentales relatives aux états modifiés de la conscience.
- Au cours d'une même séance, la profondeur de la transe est très labile. A certains moments, le dialogue verbal entre le patient et le thérapeute peut être très dense ; à d'autres moments, la communication peut se limiter à l'utilisation d'un procédé idéo-moteur.Exemple : le "signaling", c'est-à-dire un code convenu qui fait répondre le patient par un geste de la main.
- Pour un même protocole d'induction et d'approfondissement, la profondeur de la transe hypnotique est variable selon les sujets. Le degré de profondeur ne saurait constituer un critère de réussite ou d'échec.
- Enfin, la profondeur de la transe, nécessaire à l'obtention du résultat, est différente chez chaque individu. Il faudra avec tel patient induire une hypnose profonde et communiquer avec lui par un procédé de "signaling" ; une simple relaxation permettant un dialogue verbal d'une grande densité sera suffisante avec tel autre.
Dans les récits qui suivent, le lecteur remarquera que l'échange verbal avec le patient est toujours très riche. On pourrait dès lors considérer que la transe est superficielle et que l'état dans lequel se trouve le patient s'apparente à celui qu'exploite le thérapeute lorsqu'il utilise la technique du rêve éveillé. Conservons donc à l'esprit les quelques idées fondamentales exposées ci-dessus et attachons-nous exclusivement au résultat de la démarche. Une thérapie est toujours une grande et belle aventure, aussi bien pour le sujet que pour son guide. Souvent douloureuse pour le premier, elle rend à l'homme la mémoire de son histoire. En éveillant l'individu, elle l'ancre dans le présent et assure à son quotidien la conscience sans laquelle la vie n'est qu'une illusion. C'est à ce fabuleux voyage que je vous invite.

Pourquoi explorer son passé ?

Très souvent, à l'issue d'une conférence ou au cours d'une première rencontre, des personnes me disent qu'un voyant leur a déjà dévoilé quelques unes de leurs existences passées et qu'elles ont été moine dans un monastère au Tibet ou bien déesse égyptienne. Systématiquement, je demande à ces personnes ce que cette information a changé dans leur vie sur le plan de la santé ou de l'épanouissement et systématiquement, on me répond que cela n'a rien changé. Pour quelle raison ?

Les thérapies régressives se sont vues il y a quelques années rattachées par un effet de "mode" à la notion de vies antérieures. Il était alors de bon ton de dire que l'on avait exploré ses existences passées. Vous remarquerez en premier lieu que, lorsqu'on nous dévoile nos vies passées, ce n'est jamais pour nous dire que nous étions balayeur ou couturière. Par ailleurs, il faut dire et répéter que le fait de s'entendre raconter ses "pseudo" vies antérieures ne libère aucune magie. La personne ne fait que recevoir passivement une information qui ne conduit à aucune expression d'ordre émotionnel. Ce genre de confidences prétendument éclairées n'offre donc strictement aucun intérêt. Non seulement elles ne mettent en oeuvre aucun processus d'épanouissement spirituel ni aucun processus thérapeutique mais elles peuvent faire déraper l'individu, l'éjecter de la réalité, aggraver la fragilité d'un patient.

Une régression est toujours personnelle, active, profonde, douloureuse, bouleversante, authentique. Elle passe d'abord par une phase de recherche où le sujet tatonne et se perd dans les méandres d'un labyrinthe obscur. Puis viennent les retrouvailles avec une situation dans laquelle on perçoit quelque chose de familier - on ne sait pas quoi exactement mais on sent quelque chose. Enfin et surtout, apparaissent les événements dramatiques qui ont constitué la source, la cause première des troubles qui empoisonnent notre vie quotidienne. C'est lorsque l'individu se trouve confronté à ces événements dramatiques qu'a lieu le jaillissement émotionnel libérateur. C'est à ce moment seulement que se produit la catharsis purificatrice. Il n'y a pas de voie médiane : il faut passer par la reviviscence pour engendrer un quelconque changement. Tout l'intérêt d'une régression réside dans cette reviviscence d'événements ne faisant pas partie du champ de la conscience et dans la libération d'émotions qu'elle implique nécessairement. Qu'il s'agisse d'événements réels ou de leur expression symbolique, l'important est de les vivre dans toute leur dimension douloureuse.

Au bout de la démarche, en effet, se produit l'intégration dans la conscience de la cause première, la connexion entre le symptôme dont souffre la personne et la raison occultée de ce symptôme. Autrement dit, on se rend compte que notre douleur, notre maladie ou notre mal-être étaient seulement un vêtement, un décor, un masque, l'expression de quelque chose de beaucoup plus profond. Pour établir cette connexion, il a fallu, grâce à un état de conscience approprié, découvrir un sas de communication entre conscient et inconscient, extirper de ce dernier une information donnée et la ramener en pleine lumière.

L'hypnose active n'a pas pour objectif de soigner quelque maladie que ce soit. Elle permet à un patient de faire la lumière en lui, dans toute sa singularité, son unicité. Elle permet d'abord de comprendre qui nous sommes et pour quelles raisons nous sommes ainsi. En nous dévoilant leur origine véritable, elle éclaire d'un jour nouveau nos penchants, nos attirances et nos répugnances, nos peurs, notre comportement familial, affectif, social. Elle souligne les raisons de nos échecs et de nos réussites, les routes qui nous y conduisent.

Vivre ou revivre son passé permet aussi d'en savoir davantage sur le sens de notre vie. Si l'être humain s'interroge tant sur le sens de sa vie, c'est parce que ce dernier ressemble un peu à un ourlet : un centimètre de fil en pleine lumière, un centimètre caché derrière le tissu. Nous ne connaissons de nous qu'une petite partie, nous n'avons accès qu'à la surface de notre être et nous avons besoin de retourner à nos sources primitives pour explorer nos profondeurs. Imaginez un enfant à qui on offre une poupée qui parle. L'enfant se passionne pour son jouet, il passe de longues années à le chérir, la poupée devient un compagnon pour lui. Puis l'enfant grandit et le jouet est mis au grenier. Le temps passe, l'enfant devient adulte, il vieillit, il monte un jour au grenier et touche avec nostalgie les objets de son enfance. Il retrouve la poupée et tourne la clé qu'il y a dans le dos. Et alors, en entendant à nouveau la voix de sa poupée, tout le passé de l'homme resurgit soudain. Comme une vague, il le submerge. Les émotions d'hier se bousculent sur la scène présente et l'homme revoit défiler sa vie, ses apprentissages. Il aperçoit un peu du sens de sa vie. De la même façon, je dirai que l'exploration de notre lointain passé raccommode l'ourlet de notre personnalité. Elle constitue une démarche unificatrice qui nous relie avec les couches les plus intimes, profondes, secrètes de nous-mêmes.

Régression, expression, connexion

L'hypnose active se caractérise par trois grandes phases : régression, expression, connexion. La régression a pour but de ramener dans le champ de notre conscience les données qui sont à l'origine du symptôme actuel (douleur, maladie, mal-être, trouble psychologique...). Ces données ont en effet été oubliées et c'est leur refoulement qui provoque la naissance d'un symptôme.

Après être entré en relation avec ces événements, le sujet va devoir les revivre et nous rejoignons là la question fondamentale de la reviviscence des faits tragiques. La personne va exprimer - au sens premier du verbe : elle va faire sortir - toutes les émotions liées à ces événements. Elle va les raconter au présent et à la première personne. Comme si elle y était et comme si elle n'avait pas retenu son émotion. Cela signifie d'abord qu'elle va exprimer sa souffrance par des larmes, des cris, de la colère, tous les sentiments humains qui disent la détresse. Cela signifie aussi que les mots seront parfois absents de cette expression. Lorsque les événements traumatisants remontent en effet à la prime enfance, ils sont parfois traduits avec le langage dont disposait l'enfant à cette époque et en fonction de sa capacité à comprendre - ou non - ce qu'est la souffrance. Certaines régressions font ainsi intervenir de très longs silences pendant lesquels le sujet demeure prostré, des cris de nourrisson, des balbutiements, etc. Cette expression, quel que soit le langage qui la véhicule, constitue la phase libératrice du processus.

Enfin, dans une troisième phase, se produit la connexion. Elle a lieu après le retour à la réalité du temps présent. C'est elle qui nous fait relier nos problèmes actuels et les données du passé qui sont à leur origine. Le sujet comprend enfin pourquoi il souffre de ceci, pourquoi il déteste telle personne, pourquoi il a peur de cela, etc. Alors, puisqu'aucune question ni aucune menace ne pèsent plus sur lui, la connexion unifie sa personnalité et en permet la reconstruction. L'individu a quitté le monde symbolique pour s'ancrer dans le monde réel.

En fait, il se produit plusieurs choses à l'issue de la troisième et dernière étape. Sauf cas particuliers que nous aborderons dans un instant à la question consacrée aux obstacles, on observe en premier lieu la disparition, brutale ou progressive, du symptôme pour lequel le sujet est venu consulter. La cause première ayant été mise en lumière, sa traduction symptomatique - donc son expression concrète (la douleur, la maladie, le mal-être, la phobie, le problème relationnel...) - n'a plus lieu d'être. Cette dernière avait en effet pour unique fonction d'occulter la réalité. Elle disparaît donc et libère une fantastique énergie qui était jusqu'alors détournée et utilisée pour camoufler la réalité. La personne n'ayant plus rien à cacher, cette énergie devient disponible pour autre chose, pour la vraie vie. D'où le formidable élan vital qui habite soudain le sujet. Cette réappropriation de la totalité de notre énergie bouleverse notre quotidien et nous nous sentons littéralement transformés. Vous connaissez tous de ces personnes - et vous en êtes peut-être - qui se traînent, sont toujours fatiguées, disent être épuisées dès qu'elles se réveillent. Chez ces personnes en particulier, les modifications sont proprement surprenantes.

D'abord, entrer en hypnose

Imaginez une personne souffrant de myopie. Regarder des objets proches de ses yeux ne lui pose pas de difficultés. Le contour de ces objets lui apparaît avec netteté. En revanche, si cette personne porte son regard au loin pour apercevoir quelque chose d'éloigné, sa vue va devenir trouble. Elle ne percevra que des formes vagues et indéfinissables. Pour remédier à la situation, elle va devoir chausser des lunettes. Alors, l'horizon retrouvera toute sa netteté.

Faisons encore une autre comparaison. Imaginez un village posé au milieu d'une plaine. Un village composé de petites maisons à un seul étage et au milieu duquel est planté le clocher de l'église. Lorsque vous vous trouvez dans la rue de ce village, vous voyez ce que voient tous les habitants du village se promenant sur les trottoirs. Dans votre champ de vision entrent les villageois, les façades des maisons et des magasins, le tronc des arbres... Maintenant, imaginez que vous entriez dans l'église et que vous montiez tout en haut du clocher. Voilà un point de vue tout à fait différent. Maintenant, vous apercevez le toit des maisons, le feuillage des grands arbres et toute l'étendue de la plaine. En prenant de la hauteur, en changeant de plan, vous avez dans votre champ de vision un contenu tout à fait différent. Vous avez changé de perspective.

De la même façon que la personne myope a besoin d'un outil pour explorer un plan géographique éloigné d'elle, de la même façon que la plaine et les toits des maisons vous apparaissent seulement du haut du clocher, chacun d'entre nous a besoin d'un instrument pour accéder à d'autres plans de conscience. L'hypnose, en tant que mère de toutes les thérapies, permet de modifier notre état de conscience vigile et d'accéder à un registre de possibilités immense, à une dimension nouvelle de l'homme, plus vaste que celle de l'état de veille qui caractérise nos activités quotidiennes.

Quels sont les obstacles rencontrés en hypnose active ?

Peur de ne pas se réveiller, peur qu'on nous fasse faire des choses qu'on ne veut pas faire, etc. Les idées reçues concernant l'hypnose ont la vie dure. Il n'est donc pas surprenant que le praticien rencontre des obstacles lors d'une thérapie par hypnose.

Il se peut en premier lieu que la personne soit trop nerveuse, qu'elle ait peur de s'abandonner ou, plus simplement, qu'on ne lui ait jamais appris à se relaxer. Dans ce cas, on lui enseigne une technique de relaxation et on lui demande de s'entraîner chez elle jusqu'à ce qu'elle estime avoir progressé.

Une autre raison à envisager dans l'échec de l'induction hypnotique doit être recherchée dans le fait que la personne attend trop. Elle veut arriver à se relaxer, elle guette le moment où elle décrochera de l'état de veille. Or, c'est là quelque chose d'impossible. On ne peut pas à la fois s'abandonner et surveiller le moment où on lâchera prise. Songez à un moment où vous avez souffert d'insomnie. Vous faites tout pour dormir, vous vous dites que vous allez dormir, que vous voulez dormir et, plus vous voulez, moins vous y parvenez. Pour quelle raison ? Parce que la volonté et l'imagination sont incompatibles. Emile COUÉ, le père de la méthode du même nom, le savait bien, lui qui disait déjà " Entre la volonté et l'imagination, c'est toujours l'imagination qui gagne ". Voilà la seule règle à laquelle vous devez vous plier. Pour aller au fond de soi, pour explorer d'autres sphères de la réalité, pour changer d'état de conscience, il faut lâcher prise, s'abandonner, ne plus penser, ne faire aucun effort.

Enfin, un dernier obstacle peut être trouvé dans le fait que le sujet a déjà lu des ouvrages, notamment sur les régressions, et a considéré que la technique présentée était la seule possible. Il s'est construit en conséquence un système de croyances rigide, une espèce de grille dans laquelle chaque étape de la thérapie est codifiée et minutée. La personne s'est enfermée dans un schéma de pensée et il faut lui faire comprendre que, pour un même résultat, il existe de multiples voies d'accès. Généralement, une fois que la chose est comprise, ces sujets s'avèrent excellents.

"Combien faut-il de séances ?..."

C'est la question à ne pas poser, et c'est pourtant la question qui est toujours posée au cours d'une première rencontre. J'ai fini par me dire que c'était là une vieille habitude, une espèce de réflexe. Le sujet agit avec moi comme il le fait avec son médecin allopathe lorsqu'il demande dans combien de temps il sera rétabli, combien de cachets il doit prendre, combien de séances de kiné ou de laser seront nécessaires, etc.

L'hypnose active n'a rien à voir avec le schéma des soins allopathiques pour la bonne raison qu'elle ne prend pas en compte un mécanisme ou un organe particulier mais un individu dans sa globalité et dans ce qu'il a d'unique. Ne cherchez donc pas un mode d'emploi aux thérapies régressives. Qui pourrait prétendre connaître votre intimité ? Qui peut savoir ce dont vous-même n'êtes pas conscient ? Qui possède une carte des grands événements de votre vie et des obstacles qui se dresseront devant vous pendant les séances à venir ? Personne. Une fois que vous avez pris la décision de changer quelque chose dans votre vie, vous êtres confronté à un facteur incontournable : le temps.

Il est des personnes qui entament leur démarche en exposant un symptôme précis et en posant comme objectif la disparition de ce symptôme. Parfois, en quelques séances, ces personnes découvrent suffisamment d'éléments et revivent suffisamment de faits marquants pour que leur symptôme disparaisse effectivement. D'autres personnes, malgré une précision identique dans leur objectif, doivent parcourir de très nombreuses périodes de leur vie pour avoir la réponse à leur problème. A chaque étape, elles glanent un élément qui les soulage d'autant parce qu'il apporte une partie de l'explication tant attendue. Parfois, il y a un mieux étonnant et l'on croit que l'on peut arrêter la thérapie. Et puis, quelques semaines ou quelques mois plus tard, la personne s'aperçoit que l'abcès n'est pas totalement vidé et il faut encore quelques séances. On se rend alors compte que d'autres éléments manquaient, qu'il fallait revivre d'autres événements pour trouver l'explication complète du problème et permettre ainsi sa résolution. Preuve, s'il en fallait, que l'être humain et ses souffrances ne peuvent se résumer à une opération mathématique !

Et si le sujet était le jouet de son imagination ?

Cette question aussi est souvent posée au début d'une régression. Elle l'est encore plus crûment pour les personnes qui croient en l'existence de vies passées. " Comment saurai-je si je parle réellement d'une vie antérieure ou bien si c'est mon imagination qui me joue des tours ?" demandent-elles. Ma réponse est systématiquement : on ne le sait pas et on s'en moque ! Même si le sujet se trouve dans un état d'hypnose très profond et qu'il s'éveille en ayant tout oublié de la séance, personne ne peut affirmer que son récit concerne une vie antérieure ou une représentation symbolique de la réalité. Et encore une fois, est-ce vraiment important ? Qu'y a-t-il de plus important que le résultat ? Le but du thérapeute n'est pas d'asseoir un dogme ou d'emprisonner quiconque dans un schéma de pensée. Le souci constant du praticien doit être de libérer l'individu, de le rendre autonome, de lui faire retrouver l'idée d'une action possible sur sa vie.

Les sujets, d'ailleurs, ne s'y trompent pas. Même ceux qui, lors de la première séance, affirment une croyance bien établie en l'existence des vies antérieures, même ceux-là ne cherchent pas à rouvrir le débat par la suite. Ils sont bien trop absorbés par le processus qui est en train d'ébranler les profondeurs de leur intimité. Ils n'ont plus le temps de se poser des questions. S'apercevant qu'un changement s'opère, ils se concentrent sur ce changement. Quelle que soit l'idée que l'on se fait du matériel livré au cours d'une régression (petite enfance, vie antérieure, fantasme, délire, rêve éveillé, imagination...), les mots ne sont pas importants. Si l'idée est en harmonie avec le système de croyances de l'individu, tant mieux. S'il ne l'est pas, ce n'est pas un problème. Il suffit que la personne soit réellement ouverte et désire sincèrement dépasser la limite qui ruine sa vie.

Y a-t-il une période propice pour entreprendre une telle thérapie ?

Non, il n'y a, à mon sens, ni d'âge idéal ni de moment particulièrement propice. Une thérapie, quelle qu'elle soit, a pour but de nous éclairer. Elle ébranle en conséquence les fondements erronés sur lesquels vivait l'individu depuis de longues années. Pendant tout ce temps, la personne a effectué des choix professionnels, familiaux, sentimentaux... Ces choix ont souvent été faits selon des critères qui n'avaient rien à voir avec la réalité mais se fondaient sur une interprétation de la réalité. Lorsque la vérité nue apparaît à la conscience de l'individu, débarrassée de tous ses artifices, le choc peut être rude. L'individu s'aperçoit qu'il a vécu sur du sable et qu'il a perdu un temps précieux à courir après des chimères. Cette révélation est souvent difficile à accepter. Découvrir que nos choix n'ont eu pour objet que de camoufler la réalité, d'apaiser nos angoisses, voilà qui nous confronte violemment avec des errances dont nous ne sommes pas responsables. Il arrive alors fréquemment que la personne remette en question des pans entiers de sa vie. Elle comprend pourquoi elle a choisi un partenaire ayant telle personnalité, pourquoi elle a embrassé tel métier, pourquoi elle évolue dans telle société. Parvenir à un âge mûr et s'apercevoir que le temps a fui en illusions est une profonde douleur. La thérapie connaît alors un tournant et le patient s'ouvre à un avenir construit sur des fondations nouvelles.

Comment éviter qu'une thérapie soit freinée ?

Pendant sa vie active, l'individu est soumis à une forte pression. Inconsciemment recherchée par lui, cette agitation - professionnelle, notamment, mais aussi sociale ou encore sexuelle - contribue puissamment à détourner son attention des problèmes originels de son existence. Autrement dit, elle concourt à maintenir en place le couvercle sur la marmite de la cause première, à escamoter la réalité. Tout participe au déguisement symbolique de la réalité. Nous connaissons tous de ces acharnés du travail ou de ces bénévoles du monde associatif qui, toujours sur la brèche, n'ont pas une minute à eux. Ils sont légion à faire ce qu'il convient pour se donner plus que de raison à une cause qui leur permet d'échapper à leur histoire. Un jour, ils ont une crise cardiaque et personne ne s'étonne. "Il en faisait trop, il fallait que ça arrive un jour", dit-on de ces individus après leur mort. On leur décerne une médaille à titre posthume et tout le monde trouve cela normal. "Dans la vie, il y a ceux qui se défoncent et il en était". Belle épitaphe ! Il ne viendrait à personne l'idée de penser que cette agitation excessive pouvait poursuivre un autre but. Voyez-vous où se trouve le paradoxe ? L'individu qui essaie de s'oublier le fait pour ne pas que son équilibre soit menacé et il meurt de cette mesure de survie.

Les exemples que je viens de citer ne concernent pas seulement l'hyperactivité. Tout, autour de nous, contribue à nous faire oublier la réalité originelle de nos problèmes. Les media nous font rêver, la télévision nous endort, les magazines de mode nous font nous mettre dans la peau de personnages sophistiqués, le jogging nous épuise et nous nous sentons délicieusement bien après avoir couru quelques kilomètres... L'absurdité de notre mode de vie fait peine à voir. Loin, très loin du réel, nous vivotons, nous nous éteignons comme des chandelles privées d'oxygène alors que nous devrions briller.

Vous aurez compris que, lorsque l'individu se trouve éloigné de cette vaine et illusoire agitation, c'est comme si ses défenses s'écroulaient. La réalité tente alors de remonter à la surface et la personne est atteinte brutalement. La pression de la cause première, qui avait trouvé d'autres exutoires, se met alors à monter et ne peut plus s'extérioriser qu'à travers la maladie.

Cela fait bien comprendre que tout ce qui entretient l'illusion éloigne de la réalité. Si, pendant sa thérapie, le sujet a beaucoup d'occupations et, donc, beaucoup d'occasions de laisser son esprit se disperser, celles-ci risquent d'amoindrir l'efficacité de la thérapeutique.