Introduction à l'hypnose clinique






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L'ange de la vengeance

Haine, agressivité, refoulement, culpabilité, voilà les ingrédients du très beau conte symbolique et philosophique que m'a offert un jour une patiente. Astrid est une jeune femme qui, visiblement, souffre d'un état de tension permanent. Son attitude, sa démarche, sa façon de s'exprimer, tout dénote cette tension usante qui occasionne régulièrement de terribles explosions de colère et d'agressivité, suivies de migraines atroces qui la laissent épuisée et emplie d'un sentiment de culpabilité poignant. Sa mise en hypnose se déroule aisément et elle répond parfaitement à l'approfondissement de la transe.

- Je vois une femme...

- Décrivez-moi cette femme.

- Elle... Elle jette un regard en coin au chiot qui ronge son os de poulet. Une fraction de seconde, c'est comme si elle se figeait mais elle se reprend vite et se met à ranger les ustensiles du pique-nique dans la glacière. On dirait qu'elle est inquiète...

- Où est cette femme ? Parlez-moi de son environnement.

- C'est l'été, un été particulièrement torride, qui dessèche tout. On est sur l'autoroute qui descend vers le sud, vers les vacances. Le flot de voitures est ininterrompu. La femme est sur le parking d'une aire d'autoroute. Mon Dieu, ce parking ! On dirait une fourmillière ! Ça sent le camembert, le saucisson, les pêches mures... Voilà la femme qui fixe encore une fois le chiot couché dans l'herbe. Puis, elle jette un oeil aux deux enfants qui dorment sur la banquette arrière de la voiture. Maintenant, elle regarde son mari, allongé dans l'herbe, sur une couverture. Cette femme a une tête qui ne me plaît pas. Je la sens... malsaine.

- Cette scène est-elle importante, selon vous ?

Astrid prend un air gêné.

- Oui, je crois que oui.

- Alors, avancez de quelques minutes dans cette scène et allez à un événement important.

- La femme regarde toujours son mari. Elle fait "Psst" et désigne de la tête le bosquet qui se trouve au fond du parking. Le père se lève avec précaution, enjambe les assiettes vides et les couverts et s'approche de l'arbuste auquel est attachée la laisse du chien. C'est drôle, j'ai l'impression qu'il y a une voix, mais je ne sais pas d'où elle vient. On dirait qu'elle n'est pas... réelle.

- Que voulez-vous dire par là ?

- Eh bien, on dirait que ce ne sont pas des mots. C'est plutôt de la pensée.

- Echangée entre quels personnages ?

- ... Entre le chien et...

- Et qui ?

- Je crois que c'est moi.

- Vous êtes vous aussi sur le parking ?

- Je ne sais pas. Je vois une grosse voiture, comme une voiture américaine, avec des vitres noires. On ne voit pas l'intérieur.

- A 3, vous allez me dire où vous vous trouvez. 1... 2... 3.

- Oui, c'est çà, je suis dans la voiture.

- Que faites-vous ?

- Je ne sais pas. J'attends... Ah, voilà que ça bouge là-bas.

- Que se passe-t-il ?

- Le chiot comprend qu'on l'invite à une promenade et il se met à gambader. Il prend entre ses petits crocs un bout de la laisse et entraîne lui-même le père vers le bosquet. Une voiture klaxonne et la mère sursaute. Je l'entends penser. Elle pense "Pourvu que les petits ne s'éveillent pas. Vite, que tout soit fini et qu'on s'en aille !".

- Vous savez de quoi elle veux parler ?

Astrid est mal à l'aise et s'agite sur le canapé.

- Non, je ne sais pas encore mais il me semble que je devine. Il y a tellement de monde sur ce parking que personne ne fait attention à l'homme qui s'en va vers le bosquet avec un chien en laisse. On doit se dire qu'il se dégourdit les jambes ou qu'il emmène le chien faire pipi. Tiens, je ne vois plus rien, j'ai un trou !

- Détendez-vous. A 3, la suite de la scène va apparaître. 1... 2... 3.

- Oui, voilà l'homme qui revient vers la voiture. Il n'a plus son chien. La mère est installée dans la voiture. Elle a réuni à ses pieds le panier dans lequel elle a jeté pêle-mêle les restes du repas, les serviettes, les couteaux et les fourchettes.

Astrid tend l'oreille, comme si elle tentait d'intercepter une conversation échangée à voix basse.

- La femme demande "Qu'est-ce qu'on leur dira ?". L'homme hausse les épaules. Il répond "On leur dira qu'il s'est enfui dans les champs, qu'on a couru après mais qu'on n'a pas pas pu le retrouver". Ça y est, je comprends, maintenant ! Il a abandonné son chien, il l'a attaché à un arbuste, là-bas, au fond du parking.

Astrid est de plus en plus agitée. Ses poings sont serrés.

- Il met le contact et démarre doucement. Mais voilà (elle ricane méchamment), ni lui ni sa matronne ne savent que je suis là... Ils font à peine cinquante mètres...

Astrid est tellement crispée que je m'inquiète. Son corps est arc-bouté sur le canapé, les jointures de ses petits poings sont tout blancs et sa bouche se tord dans l'effort. Faut-il interrompre la séance ? Je suis sur le point de le faire quand elle reprend son récit d'une voix coupante.

- Tout se paie ! Je dois faire comme d'habitude. Oui, ils font à peine cinquante mètres (un sourire diabolique se dessine sur ses lèvres). Voilà la voiture qui se met à hoqueter et qui s'immobilise. Les deux portières avant s'ouvrent soudain, l'homme et la femme sortent de la voiture, vont à la rencontre l'un de l'autre en courant. On dirait des fous. Ils ont chacun un couteau à la main. Aaah !

Astrid a un râle de jouissance.

- Que se passe-t-il ?

- Ils se lardent mutuellement de coups de couteau. Ils frappent, frappent, encore et encore. Il y a du sang partout. Voilà, ils tombent tous les deux sur le goudron. Les enfants se sont réveillés et se mettent à crier, des vacanciers arrivent en courant. Moi, je mets ma voiture en marche et je démarre doucement. Personne ne fait attention à cette voiture qui s'éloigne. Il y a tant de voitures sur le parking... C'est très bien ainsi. Il vaut mieux que les enfants aillent à l'Assistance Publique ou bien soient adoptés par un autre foyer plutôt que d'avoir l'éducation de ces deux ordures. Oui, c'est très bien. La justice a parlé.

Astrid se détend. Ses joues retrouvent leurs couleurs. Elle est visiblement satisfaite.

- Que s'est-il passé exactement ?

- J'ai usé de mon pouvoir. Je suis née pour cela. J'ai ce don depuis l'enfance.

- Quel don ?

- Eh bien, je peux agir sur autrui par la pensée. Je crois que ce don doit être utilisé pour rétablir la justice. Ma mission est d'éliminer tous ceux qui agissent mal, qui bafouent les valeurs fondamentales. Je dois ôter la vie à ceux qui ne la respectent pas.

- Qui vous a investie de cette mission ?

- Je ne sais pas.

- Quelqu'un d'autre que vous sait que vous avez ce don ?

- Il n'y a qu'une seule personne : mon frère jumeau.

- Parlez-moi de lui.

- Il est diplomate. Nous n'avons pas la même conception des choses. Lui est persuadé que seuls le temps et quelques hommes de bonne volonté peuvent rendre l'homme meilleur. Moi, je crois qu'il faut aider le temps. La souffrance n'est pas supportable. Certains hommes ne seront jamais meilleurs. Mon frère se bat avec des mots, moi j'utilise mon pouvoir.

- Cela fait longtemps que vous utilisez votre pouvoir ?

- Mais, depuis toujours... J'ai la chance d'être née dans une famille aisée. Je voyage beaucoup. Je peux aller n'importe où, il y a toujours quelque chose à faire pour aider les opprimés et supprimer les oppresseurs.

La séance s'est déroulée en transe profonde et, revenue à son état de conscience ordinaire, Astrid ne se souvient de rien. Je lui explique que je préfère ne pas lui rapporter le fruit de sa régression, ce qu'elle comprend. Elle accepte de poursuivre la démarche et nous nous retrouvons la semaine suivante pour une nouvelle séance. Cette fois, Astrid est inquiète.

- L'étau se resserre ; ce n'est pas juste.

- Quel étau ?

- La police. Elle est sur ma piste. Bien sûr, elle ne peut rien prouver car personne ne peut croire à l'existence de mon pouvoir mais cela fait plusieurs témoignages qui soulignent ma présence sur les lieux de mon action. On a relevé le numéro de ma voiture et je sais qu'on me suit.

- Vous allez faire attention ?

- (Elle secoue la tête) Non, je dois continuer. On ne peut rien contre moi.

- A 3, vous allez vous retrouver à un moment important. 1... 2... 3. Où êtes-vous ?

- Paris. Les bords de Seine. Je ne sais pas bien la saison. Il fait frais. C'est la nuit.

- Que faites-vous là ?

- Je suis là par hasard. Enfin, je ne sais pas si c'est le hasard. Il y a ces voix qui, quelquefois, m'orientent, me guident, me conduisent là où je dois aller. Il va sûrement se passer quelque chose.

- Allez directement à l'instant important de cette scène.

- Les voilà ! (elle a repris sa voix de chasseur impitoyable). Ils sont quatre, le crâne rasé, vêtus de cuir noir, chaussés de bottes à bout pointu recouvert de métal. Ils rient grassement et se bousculent pour montrer la force qu'ils ont en trop. Je crois qu'ils sont un peu ivres. Oui, ils portent chacun une bouteille bien entamée à la main. C'est un soir comme les autres, pour ces quatre-là. Quand on n'attend rien, on traîne, on tue les heures et les jours. Pour s'approprier un peu de pouvoir, on regarde du côté des faibles. C'est plus facile...

A nouveau, son corps se tend et ses poings se serrent.

- Et maintenant, voilà leur proie. C'est une femme. Elle marche vite. Elle entend les rires des hommes et se presse. Je sens sa peur. Je reconnais bien l'odeur de la peur. AH !

- Qu'y a-t-il ?

- Ils lui bloquent le passage. Elle baisse la tête et essaie de contourner le groupe mais ils s'approchent et la retiennent.

- Il n'y a personne qui pourrait intervenir ?

- Il n'y a jamais personne ! (voix tranchante) Si ces quatre-là ont choisi ce lieu et cette femme, c'est parce qu'ils savent qu'ils ne seront pas dérangés. Je suis fatiguée !...

- Fatiguée de quoi ?

- Je trouve que tout cela est répétitif. J'attends toujours la preuve que j'agis à bon escient et, pourtant, je sais toujours quelle serait l'issue si je n'intervenais pas. Parfois, je me dis que je devrais aller plus vite, épargner de la peur. Je sais bien ce qu'ils veulent.

- Que veulent-ils ?

- La violer, lui prendre son sac, la martyriser peut-être et s'en aller tranquillement. La semaine dernière, je suis arrivée trop tard. C'était une vieille dame. Deux hommes l'avaient torturée chez elle, d'une façon atroce. Pour quelques malheureux billets de banque !

- Qu'avez-vous fait ?

- Je les ai pulvérisés.

- Comment avez-vous fait ?

- Je les ai obligés à sauter du toit d'une tour.

- Mais comment faites-vous, précisément ?

- C'est si simple ! Je me concentre, j'investis leur volonté et je les fais agir à ma guise. Je leur ai fait prendre l'ascenseur d'une tour, aller au dernier étage, grimper l'escalier qui va sur le toit, puis je les ai fait sauter. J'ai aimé leurs cris d'épouvante lorsqu'ils sont tombés. Je leur rends toujours leur pleine conscience juste avant leur mort pour qu'ils ressentent eux aussi la peur et la souffrance qu'ils ont infigées aux autres.

- Revenez sur les quais de Seine.

Elle se ressaisit.

- Oui, je ne dois pas tarder. La femme se met à crier et à pleurer. Cela suffit. (Elle fronce les sourcils et semble se concentrer intensément). Maintenant !... Ils ont l'air surpris, ils ne comprennent pas ce qui se passe. Les voilà qui se prennent la tête entre les mains. La femme en profite pour s'échapper. C'est bien. A nous, maintenant.

- Que se passe-t-il ?

- (Elle se met à trembler de tout son corps). Je compresse leurs carotides pour empêcher le sang d'arriver au cerveau. Ils se mettent à tituber. Je les conduis jusqu'au bord du quai, je serre, je serre, je les oriente vers l'eau... Maintenant, tombez ! (Un sourire de triomphe éclaire son visage). Personne ne viendra. Je vais les noyer.

Soudain, elle sursaute.

- Non ! Pas maintenant !

- Qu'y a-t-il ?

- Non, pas la police !

- Dé-ten-dez-vous. Faites comme si vous regardiez la scène de plus loin, comme si vous étiez spectatrice.

Son corps se détend mais la tristesse se lit sur son visage.

- Deux policiers ont arrêté la femme, deux autres se jettent à l'eau pour secourir les loubards, deux autres me saisissent les bras. Je reste calme, je continue à me concentrer sur les quatre violeurs. Ils ne réussiront pas à les sauver. Ils... Ils...

Astrid se tait. Elle semble absente. Elle ne répond plus à mes questions. Et soudain, il se produit quelque chose de stupéfiant. Sans que je demande quoi que ce soit, Astrid se met à parler à deux voix. Il y a la sienne, puis celle, plus grave, d'un homme, qui la questionne. Le dialogue est parfait et je choisis de demeurer passif.

- Si vous refusez de parler, je vais être obligé de vous mettre en garde à vue. Je peux vous inculper de non-assistance à personne en danger. Que faisiez-vous à cet endroit ? Que faisiez-vous les autres jours sur les lieux des événements que nous vous avons cités.

- Je ne peux pas vous expliquer. Vous ne comprendriez pas, vous croiriez que je me moque de vous.

- Répondez tout de même.

- Je n'ai rien à dire.

- Connaissiez-vous les victimes ?

- Non.

- Et les victimes des événements auxquels vous avez assisté par le passé ?

- Non.

- Que faisiez-vous sur place à chaque fois ?

- ...

- Très bien. Puisque vous refusez de répondre...

- Vous ne pouvez rien faire contre moi, vous ne DEVEZ pas aller contre moi.

- Comment cela ?

- Nous sommes du même côté. Nous remplissons la même mission. Je ne peux pas me retourner contre vous pour cette raison. Mais, si vous vous obstinez, je serai obligée de vous adresser un avertissement.

- Emmenez-là.

Astrid se tait à nouveau. Un léger sourire flotte sur ses lèvres. Le dialogue semble terminé et je reprends la parole.

- Que se passe-t-il ?

- Je lui donne juste une leçon. Je provoque un étourdissement. Il secoue la tête et s'écroule sur son bureau. Les deux gardiens se précipitent. Moi, je me retourne et je m'apprête à m'en aller.

- Personne ne vous retient ?

- Si, bien sûr. Ils dégainent leur arme et me demandent de ne pas bouger. Alors, je fais se crisper les muscles de leur bras, je les oblige à lever les bras en l'air, je fais se serrer leur doigt sur la gâchette. Ils tirent dans le plafond, une fois, deux fois, trois, quatre... Ils ont le bras bloqué en l'air. J'ai assez perdu de temps, je dois m'en aller, maintenant.

- Qu'allez-vous faire ?

- Je ne sais pas. Les choses ne seront plus aussi simples qu'avant. Je dois réfléchir.

Ainsi se termine la séance et je ne raconte toujours rien à Astrid. Le magnétophone a tout enregistré et je pourrais, si je le voulais, faire écouter à la jeune femme son récit pour essayer de provoquer des connexions, mais je sens que l'instant n'est pas encore arrivé. Si la transe est si profonde et si Astrid ne conserve aucun souvenir de son récit, c'est qu'une protection nécessaire provoque cette situation. Il serait en conséquence malhabile, voire néfaste, de brusquer les choses.

La troisième et dernière séance me donne raison. L'épilogue est proche.

- Où êtes-vous ?

- Chez moi. (Astrid semble très abattue). Je viens d'avoir une longue conversation téléphonique avec mon frère. Depuis quelque temps, nous nous téléphonons presque chaque jour. J'aimerais tant le voir, mais il est en poste à l'autre bout du monde ! J'ai besoin de lui parler, en ce moment.

- Pour quelle raison ?

- Parce que je m'interroge.

- Vous avez toujours des problèmes avec la police ?

- Non, c'est fini. J'ai déménagé souvent et souvent changé de pays. Cela ne me gêne pas. Je sais que je n'aurai jamais une vie comme celle de toutes les femmes.

- Quel est votre problème, dans ce cas ?

- Le temps a passé. Les années se sont écoulées et je sens que quelque chose bouge en moi. Je ne mets plus la même hargne à venger la souffrance. Ce n'est pas que la force me manque, mais plutôt le désir... Oui, le désir de tuer qui semble s'émousser...

- Connaissez-vous la raison de ce changement ?

Dans sa transe, Astrid se met à pleurer. Le chasseur impitoyable s'est effacé.

- Des questions se bousculent en moi. Je m'interroge sur ma mission. Le Bien et le Mal, la vengeance, l'utilité de mes actions... Si je suis Dieu, comment puis-je savoir que j'ai raison d'agir ainsi ? Et si c'était mon frère qui avait raison ?... Si seul le Temps pouvait changer l'être humain ?... Je crois qu'il faut tourner une page.

Elle a un sourire malheureux.

- Oui, une page doit être tournée. Je m'en vais doucement. Je sais m'y prendre doucement quand je le veux. J'ai bien mérité un départ en tendresse... Simplement ralentir le rythme de mon coeur... (sa voix devient un murmure), de plus en plus lent... Puis, cela se fera naturellement... je m'en irai tout doucement...

La jeune femme pâlit et semble devenir toute molle. On dirait une poupée de chiffon abandonnée sur le canapé de mon cabinet. Elle devient silencieuse. Je la laisse ainsi en hypnose sèche pendant une heure et je procède à son "réveil" en accompagnant celui-ci de suggestions apaisantes.

Lorsqu'elle ouvre les yeux, Astrid est reposée. Les traits du visage, les épaules, tout son corps semble empreint de souplesse, jusqu'à son sourire. Surprise : elle se souvient parfaitement du contenu des trois séances et verbalise beaucoup en revenant sur telle ou telle scène. Les connexions sont déjà nombreuses. Une semaine plus tard, le bilan est encore plus éloquent. La tension permanente a disparu, les migraines également ; Astrid sent tout son être se transformer, s'adoucir.

- J'ai compris que le frère de mes séances, c'était mon autre moi, la femme que je suis devenue aujourd'hui, tellement plus humaine, tellement plus douce et ouverte ! Le lendemain de la dernière séance, je suis allée me promener au bord de la mer. J'étais dans une petite crique de sable. J'ai regardé tout autour de moi et je me suis rendue compte avec stupéfaction que tout, dans la nature, présentait des formes arrondies. Il n'y avait que moi qui tranchait ! Dans ma vie quotidienne, je me suis aperçue que mon environnement était fait d'angles droits. Mes meubles, ma voiture, les quelques objets qui me sont chers, tout cela est aigü, pointu, coupant, sans espérance de souplesse. En prenant conscience de tout cela, je me suis sentie "fondre" et c'était merveilleusement bon !