Introduction à l'hypnose clinique






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Etait-ce avant cette vie-là ?...

Le chandelier de la vie

Jusqu'à présent, nous avons relaté des récits de personnes qui ne croyaient pas particulièrement en l'existence de vies antérieures. Soit elles percevaient la nature symbolique de leur récit, soit elles revenaient à des épisodes de leur passé dont elles apprenaient plus tard par des recoupements que ces événements avaient bien existé.

Certaines personnes entament pourtant une régression avec une croyance fermement établie dans la réincarnation de l'âme humaine. Plusieurs cas de figure peuvent alors se présenter.

La relation directe

Il y a d'abord les cas les plus faciles et les plus rapides à résoudre. Ce sont ceux qui présentent une explication au premier degré. Je me souviens de Myriam, guérie d'une douleur aux cervicales après avoir revécu sa décapitation. C'est le cas par excellence où la cause mise en avant est en relation directe avec la pathologie présentée par le sujet. En voici quelques exemples.

- Jean-Luc souffre d'une asthme chronique et découvre qu'il a péri asphyxié dans un incendie.

- François éprouve une véritable terreur à la vue de la couleur bleue et se souvient qu'il est mort noyé dans une mer d'un bleu éblouissant.

- Mireille a refusé une carrière professionnelle très enviable dans un pays africain pour lequel elle a toujours ressenti une profonde aversion et raconte une existence passée dans laquelle elle a été condamnée à mort dans ce pays.

- Colette souffre depuis des années d'un rhumatisme très handicapant au poignet droit que rien ne parvient à soulager. Elle fait le récit d'une vie dans laquelle elle était voleuse, ce qui lui a valu de se faire couper une main par la justice.

- Christine a d'importants problèmes relationnels avec son beau-père et cela rejaillit sur son couple ; elle découvre que ce beau-père a été son tortionnaire quelques siècles plus tôt.

- Monique a toujours besoin de montrer sa supériorité intellectuelle et ses amis, lassés de cette attitude, se détournent d'elle ; elle fait le récit d'une enfant qui avait soif d'apprendre et d'aller à l'école et qui a dû rester cloîtrée à la maison pour s'occuper de ses onze frères et soeurs.

- Jean-René adore se baigner dans la mer mais ne peut pénétrer dans une piscine. Il est par ailleurs incapable de déléguer, de faire confiance à autrui, même au sein de sa famille. Il remonte à l'époque des Romains et revit sa noyade dans une piscine thermale alors que des "curistes" se prélassent au bord de cette piscine sans même lui tendre la main.

Ces histoires sont légions et leur dénouement est en général assez rapide. Souvent, tout se joue en quelques séances. La décharge émotionnelle existe et produit indéniablement des fruits mais ce n'est pas le déferlement que nous verrons plus loin.

Une autre catégorie de régressions met en lumière une relation un peu plus complexe entre le problème exposé par la personne et la cause révélée sous hypnose. L'explication emprunte parfois des méandres inattendus. Voici les extraits les plus explicites - et aussi les plus émouvants - de deux sujets.

Le chandelier de la vie

Jacques est un hommes d'affaires à qui tout réussit. Agé d'une cinquantaine d'années, il possède plus de biens qu'il n'en dépensera jamais, s'entoure sans désir ni plaisir d'objets luxueux. "J'en ai besoin, confie-t-il. Si je ne dépense pas beaucoup d'argent, je suis pris d'angoisse. Alors, j'en gagne beaucoup, j'en dépense beaucoup, j'ai tout ce que je désire et pourtant, je ne suis pas heureux". Voici la chute de son histoire.

- Pour moi, ce soir, c'est comme tous les soirs. C'est même encore plus triste...

- Pourquoi êtes-vous triste ?

- Parce que, là-haut, les autres s'amusent. Il y a sûrement des chansons à la radio. La soirée est gaie. (Il hausse les épaules et sa bouche se tord en une moue de tristesse). C'est normal, c'est la fête. C'est Noël... En haut, les appartements sont douillets, les gens sont heureux. Ils sont tous en famille, avec des amis. Ils sont tous au chaud. Moi, j'ai froid. (Il a un sourire malheureux).

- Où êtes-vous ?

- Je ne sais pas. Pour moi, cela n'a pas d'importance, tous les endroits se ressemblent toujours. Il y a des néons et des guirlandes partout. Même les plus petites rues sont illuminées. Devant cette débauche de lumière, j'ai presque l'impression qu'il fait bon mais je tremble, moi. Et il neige, il neige toujours ! Flocons tourbillons, tourbillons de joie pour les uns, tourbillons de froid pour les autres... Je suis seul, je suis sale. Je me sens partir doucement, engourdi, malade. Tiens, il y a des passants !... (long silence).

- Que se passe-t-il, que faites-vous ?

Des larmes roulent sur ses joues.

- Je tends la main et je dis "S'il vous plaît". Mais les gens tournent la tête et passent leur chemin. Ils vont vers la fête. Ils ne me regardent même pas. Ils me méprisent sûrement.

Soudain, il porte la main à sa joue et ses larmes redoublent.

- Qu'y a-t-il ?

- Quelqu'un m'a craché dessus. On me méprise. Je pourrais mourir que tout le monde s'en moquerait...

- Que faites-vous maintenant ?

- Je marche, je continue de marcher, je ne vais nulle part, je n'ai nulle part où aller. Tiens... (Il tend l'oreille et sourit). C'est "Le beau Danube bleu". Cela vient des étages. J'aime bien cette mélodie... (Il tremble à nouveau). J'ai froid ! Il y a un vent très froid, maintenant. A l'horloge de l'église, il est dix heures. Tout est complètement désert. Les gens sont tous chez eux. J'entends des bruits de vaisselle, des cris d'enfants, l'effervescence des soirs de fête... J'ai l'impression de ne jamais avoir connu cela. Ou alors, il y a très très longtemps...

Ses poings se serrent et il crie : "Pouvez pas faire moins de bruit ? Z'êtes pas seuls au monde, non ? Pouvez pas penser un peu aux autres ?".

Puis, il se remet à pleurer.

- J'en peux plus ! J'ai trop froid et trop faim !

Il porte la main à sa poche.

- Il doit me rester... (son visage s'éclaire). Oui, il me reste un bout de cigarette. Quelqu'un l'a jeté hier par terre et je l'ai ramassé. Il était encore bon!

- Vous ne voulez pas chercher un abri ?

- J'ai plus la force, je peux juste m'asseoir sur le trottoir. Je vais fumer ce bout de cigarette.

Il y a un long silence que je choisis de ne pas briser avant que le récit reprenne.

- En face, au premier étage, il y a un chandelier sur le rebord de la fenêtre. Pourquoi est-ce qu'ils ont mis ce chandelier sur le rebord de la fenêtre ?... Tant mieux, c'est beau, toutes ces bougies en train de mourir doucement... On dirait un hymne à la vie, à la vie éphémère... Ça me rappelle ma mère. Elle disait toujours "Dans le ciel, il y a un chandelier immense qui porte des millions de bougies, autant de bougies qu'il y a de vies sur terre. Et à chaque fois que quelqu'un meurt, une bougie s'éteint". Elle disait çà, ma mère.

Un misérable sourire se dessine sur ses lèvres.

- Peut-être que c'est vrai...

Sa voix devient faible, il recommence à trembler et je le vois se recroqueviller sur le canapé.

- Jacques ?

Il a toujours son pauvre sourire.

- Jacques ?

- Je n'ai plus froid, je ne suis plus triste. Je m'en vais...

- Où allez-vous ?

- Je m'éloigne du trottoir, je m'éloigne de tout, je pars avec les flocons de neige. Là-bas, sur le rebord de la fenêtre, le vent a soufflé une bougie...