Introduction à l'hypnose clinique









































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Etait-ce avant cette vie-là ?...

Femme de marins

Autre histoire, celle de Carole qui, contrairement à ce que je crois de prime abord, ne fait pas la démarche par simple curiosité. "Je veux comprendre mon attirance pour la mer, dit-elle. Loin de l'eau, il me manque quelque chose de vital. Les lac ou les rivières, ce n'est pas pareil. Il me faut la mer. Je me rends compte que je bloque la carrière de mon mari parce que je ne veux pas quitter l'endroit où nous habitons, mais je ne pourrais pas partir et quitter la proximité de la mer. Elle me retient comme par des chaînes". Voici un extrait de la dernière séance de Carole.

- Je suis dans une petite mansarde toute délabrée. On dirait que cette pièce m'est familière.

- Familière en quoi ?

- Je ne sais pas bien...

- A 3, vous allez savoir. 1... 2... 3.

- ... Oui, maintenant, je sais que je viens dans cette pièce tous les soirs depuis de longues années.

- Pouvez-vous décrire cette pièce ?

- Oh, il n'y a pas grand chose... Une petite table avec une cuvette émaillée et un broc dessus, un miroir ébréché au mur et surtout deux lits. Ils sont toujours défaits, ce sont plutôt des grabats.

- Est-ce que vous habitez là ?

- On peut dire çà. En fait, nous sommes plusieurs filles à vivre ici. Nous y venons la nuit et nous nous partageons la chambre...

- Asseyez-vous sur un lit et retournez à un moment important de votre vie.

- ... C'est une nuit de débauche comme les autres. Dans l'obscurité, j'entends des cris de douleur, des gémissements... L'air de la pièce est malsain. Ça sent l'alcool !

- Pour quelle raison ?

- Parce que nous buvons beaucoup. De l'alcool bon marché. Pour oublier.

- Pour oublier quoi ?

- Ce que nous faisons.

- Que faites-vous ?

- Des passes. La maison est juste sur le port. Il y a beaucoup de marins qui viennent.

- A 3, vous allez retourner à un moment important de cette vie. 1... 2... 3.

- (Elle grimace). Il me bat mais je m'en moque. J'ai tellement bu que je ne sens même plus les coups. Il a beaucoup bu, lui aussi. J'essaie de penser à autre chose. J'écoute le bruit de tonnerre que font les vagues, dehors. Elles viennent s'écraser sur les gros rochers et, parfois, ça fait trembler la maison.

- Vous connaissez bien cet homme ?

- Non, pas plus qu'un autre. Enfin, au début...

- Et ensuite ?

- Je les comprends. Ils boivent parce qu'ils ne savent pas ce qui arrivera le lendemain. Il y a souvent des naufrages à cause de la tempête. Souvent, les hommes ne reviennent pas...

- Revenez à cet homme...

- Je m'étais dit que je ne pourrais jamais m'attacher à une telle loque et puis, je ne sais pas... J'aime ses mains rugueuses, son souffle de bête, j'en suis venue à aimer aussi quand il me frappe. Je sais qu'il vient souvent pour que je ne me donne pas trop à d'autres hommes. Il paie bien la patronne.

Elle grimace encore, plisse très fort ses paupières.

- Qu'y a-t-il ?

- J'entends les bruits... Les filles qui se font violer derrière un rocher, les rires des hommes, celui de la patronne en bas et, toujours, le bruit des vagues sur la côte déchiquetée.

- Avancez encore dans cette vie. 1... 2... 3. Où êtes-vous ?

- Je suis assise sur le lit. Je pleure (elle se met vraiment à pleurer à chaudes larmes).

- Pourquoi pleurez-vous ?

- ça devait arriver. Il n'est pas revenu. Son bateau n'est pas revenu. Je n'ai même pas de temps à moi pour pleurer ; elle monte déjà. J'entends craquer les marches de l'escalier...

- Qui monte ?

- La patronne. La voilà qui pousse la porte. Elle jette un regard dans la pièce et elle dit... (Carole pleure à chaudes larmes). Elle dit "Allez, la gosse ! Il est sûrement crevé, le gars ! Descends, y'en a d'autres qui te demandent !".

- Qu'allez-vous faire ?

- Je vais me voir dans la glace. Je discipline un peu mes cheveux, j'essuie mes larmes... Il faut continuer, maintenant. Je vais voir les hommes en bas, et je continuerai de vivre ici et d'entendre le bruit des vagues qui s'écrasent sur les rochers...