Introduction à l'hypnose clinique






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Etait-ce avant cette vie-là ?...

A l'eau et au pain moisi

Parmi les régressions "à surprises", il y a celles dans lesquelles les sujets consultent pour un problème bien identifié et résolvent un problème tout à fait différent. C'est la démonstration - s'il en fallait - qu'un problème peut en cacher un autre. Voyons quelques cas de ce type.

Marianne a commencé à avoir de la cellulite à l'âge de 25 ans. Comme nombre de femmes, elle a tenté tout ce qui peut exister pour lutter contre ce fléau : régimes, massages, appareils de gymnastique, tisanes, gélules-miracle... Pourtant, son problème de cellulite n'est nullement l'objet de sa visite. Après tant de déceptions, elle ne croit plus en un moyen de perdre ses kilos rebelles. En fait, sa préoccupation est un eczéma très pruriant apparu à l'âge de trente ans sans qu'une quelconque modification de ses habitudes de vie intervienne. Pas d'alimentation différente, pas de choc affectif ou professionnel, pas d'intoxination au sens de la désintoxinhoméopathie (voir la rubrique consacrée à la DSTH). Fervente croyante en des existences passées, Marianne veut tenter une régression sous hypnose. Elle repart de sa première séance très déçue. Elle est en effet trop tendue pour s'abandonner et ne parvient en conséquence à aucun résultat. Trois autres séances suffisent en revanche à la débarrasser de son eczéma. Voici un condensé de ces séances.


- J'ai tué, et je paie !

- Où êtes-vous ?

- On m'emmène en prison. Les couloirs sont obscurs et humides. Les gardes ont une torche à la main. De part et d'autre, il y a des portes derrière lesquelles j'entends des cris et des jurons obscènes.

- Quel âge avez-vous ?

- Je suis déjà vieille, plus de quarante ans.

- Pourquoi avez-vous tué ?

- On me volait mes poules. Une nuit, je me suis mise derrière le poulailler avec un couteau et j'ai tué le voleur.

- Retournez dans le couloir de la prison. Que se passe-t-il ?

- Le garde qui est derrière moi me caresse les fesses mais j'ai les mains attachées. Je me retourne et je lui crache au visage. AH !

- Qu'y a-t-il ?

- Il m'a frappée au visage. Je saigne autour de l'oeil. Je voudrais les mordre, les déchiqueter... Ils rient et celui de derrière continue de me passer sa main...

- Avancez de quelques instants dans le temps.

-... Ils m'ont jetée dans un cachot. Je ne vois rien. Je suis couchée sur le sol. Ils ont libéré mes mains et j'ai voulu les griffer au visage. Ils m'ont encore frappée et j'ai les lèvres qui saignent.

- Que faites-vous ?

- Je tâte ce qui m'entoure. Par terre, il y a seulement une espèce de drap de toile rugueuse. Les murs sont mouillés. Il fait froid. Je dois rester là pendant des années...

- Avancez dans le temps. A 3, vous allez retrouver un événement important. 1... 2... 3.

- ... Cela a commencé quelques jours après. Je sais pas bien, je suis toujours dans le noir. Je dois dormir beaucoup...

- Qu'est-ce qui a commencé ?

- Il y a sûrement de la vermine partout. Je sens des choses courir sur ma peau. Ça me pique et je me gratte sans arrêt. Je gratte même les croûtes qui se forment, je les arrache et je me fais saigner. Je dois avoir des bestioles partout, dans mon vêtement, dans mes cheveux et mes sourcils...

A l'issue de la troisième séance, Marianne établit un lien entre ces événements et son eczéma ; l'eczéma disparaît dans les jours qui suivent. La révélation a pourtant eu lieu sans décharge émotionnelle.

Quelques semaines plus tard, la jeune femme me rappelle. "C'est difficile d'expliquer ce que je ressens. Bien sûr, je suis très heureuse de ne plus avoir mon problème de peau mais j'ai l'impression que nous avons fouillé quelque chose et que nous ne sommes pas allés au bout de la démarche. J'ai comme un manque, je me sens mal dans ma peau". Nous convenons d'une nouvelle séance ; c'est en elle que nous trouverons les clés d'un autre problème.

Marianne retourne tout de suite dans son cachot. Sa voix est différente, plus faible, plus hachée.

- Savez-vous depuis quand vous êtes là ?

- (hochement de tête) Non, je n'ai pas de repères. Le temps passe juste avec le bruit de la porte qu'ils ouvrent. Je ne peux même pas voir parce que la lumière des torches m'aveugle et je me cache les yeux. Ils posent une gamelle, la porte se referme et je mange dans le noir. Puis, je me rendors. J'ai toujours froid...

- Avancez dans le temps. Allez à un événement important.

Elle tend l'oreille.

- Il y a des bruits inhabituels à l'extérieur. J'entends des cris, des bruits d'épées, de lutte... C'est assourdi mais il se passe quelque chose... Cela dure longtemps, longtemps... J'ai l'impression que cela dure des jours...

- A quoi savez-vous cela ?

- Je me suis endormie plusieurs fois et les bruits sont toujours là lorsque je me réveille. Il me semble aussi que les prisonniers des autres cachots s'agitent. J'entends des cris... (elle tend encore l'oreille comme pour saisir quelques bribes de voix). Ils appellent... Et puis, surtout, j'ai faim ! (elle grimace de douleur). J'ai mal au ventre tellement j'ai faim. Je me sens partir, je crois que je dors de plus en plus souvent tellement mes forces me quittent... J'ai faim...

- Avancez dans le temps...

- (sa voix est à peine audible) J'ai faim... De la soupe, de la soupe ! J'ai faim ! (elle se recroqueville sur le canapé).

- On ne vous donne toujours rien à manger ?

- (elle secoue la tête) Ils ne viennent plus, plus personne. Je n'entends même plus les bruits... Je lèche les murs pour rafraîchir ma langue... Je n'ai plus que la peau et les os... J'ai si faim !...

Le dialogue s'interrompt et Marianne demeure silencieuse. Elle n'est plus sous hypnose. Sa respiration indique un sommeil profond. Après un sommeil de près d'une heure, elle ouvre des yeux pleins de surprise.

- J'ai eu faim, n'est-ce pas ?, demande-t-elle en se massant le ventre. Mon Dieu, j'ai eu tellement faim !

Deux jours plus tard, Marianne m'appelait pour m'annoncer sans même y croire elle-même que sa cellulite était en train de fondre. Un autre appel téléphonique, la semaine suivante, me confirmait le phénomène. La cellulite disparaissait jour après jour. Huit kilos "fondirent" ainsi tandis que le comportement et l'humeur de Marianne changeaient au même rythme.

"Quand je pense ! dit-elle en me quittant. J'ai eu tellement faim dans cette vie-là que je me suis rattrapée dans ma vie présente. J'ai voulu garder en moi tout ce que j'avalais, je ne voulais plus rien perdre de mes réserves pour le cas où l'on me jetterait à nouveau dans un cachot".